Voici un article très modéré d'un député européen socialiste sur ce que fut vraiment MAI 68. A lire absolument avant le vote de demain ! Ceci ne sera pas inutile à ceux qui l'ont vécu mais un peu oublié comme à ceux qui beaucoup plus jeunes ne peuvent imaginer ce qu'était la société française avant 68. Lire par exemple qu'une femme ne pouvait ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation de son mari !!!
Bien sûr, cela fait 40 ans et sans doute bien des choses aurait eu lieu sans MAI 68, mais MAI 68 fut l'explosion de la soupape de la cocotte minute qui ne supportait plus la pression.
L'erreur ce ne sont pas les évènements de 68 mais de ne pas les avoir vu venir et de ne pas avoir pris les mesures politiques nécessaires pour l'éviter.
Comme l'a dit De Gaulle après les évènements: La France voulait le dialogue et la participation et on lui a répondu par la force.
Attention à ne pas tomber dans la même erreur.
ALORS POURQUOI NICOLAS SARKOZY NOUS RESSORT-IL M4AI 68 MAINTENANT .....
Certes MAI 68, cela fait 40 ans et tout ne fut pas parfait. Il comporte, à mon avis, en lui même le germe du problème que nous vivons aujourd'hui: Vouloir être libre dans ses choix de vie peut entrainer beaucoup d'individualisme voir d'égoïsme. La société française me semble souvent paradoxale de ce point de vue, à la fois beaucoup de générosité et d'implication dans les grands moments (tsunami, élections,...) mais aussi beaucoup de revendications catégorielles ou individuelles.
MAI 68 - C'est selon... mais pour moi ce fut un tournant historique fondamental pour nos libertés sans cesse menacées. Alors MAI 68 c'est plutôt OUI n'en déplaise à Nicolas Sarkozy.
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Par Henri Weber
La caricature que Nicolas Sarkozy fait de Mai 68 n’est pas seulement grotesque. Elle est d’abord et avant tout inquiétante pour ce qu’elle révèle du personnage. Le candidat de droite à l’Elysée présente Mai 68 comme un mouvement purement nihiliste, destructeur de toutes les valeurs et institutions. Il lui impute la responsabilité de tous les maux qui assaillent notre société, jusqu’à la pratique des stock-options, des parachutes en or et des retraites-chapeau importée, il y a dix ans, d’Outre-Atlantique. Il faut une bonne dose de cynisme et de mépris de son auditoire pour imputer à Mai 68 la responsabilité des abus les plus scandaleux du capitalisme financier d’aujourd’hui.
Mai 68 c’est loin. Convoquer des évènements vieux de 40 ans pour expliquer nos difficultés d’aujourd’hui, c’est comme si l’on attribuait à l’affaire Dreyfus la responsabilité de notre défaite devant l’Allemagne en 1940 !
Quelques faits majeurs sont survenus, après 1968, qui ont produit leurs propres effets. La fin des Trente Glorieuses, par exemple en 1975; la montée du chômage et du travail précaire; la massification des lycées et des Universités avec la seconde révolution scolaire (1990); l’apparition des ghettos et des “quartiers sensibles”…
Ces tendances lourdes éclairent les évolutions survenues au cours des quarante dernières années, bien davantage que ne le fait la Révolution de Mai.
Mai 68 n’a rien à voir avec la caricature haineuse qu’en fait Sarkozy. Ce fut un grand mouvement dirigé contre toutes les formes autoritaires d’exercice du pouvoir: dans la famille, le couple, à l’université, dans l’entreprise, dans la cité. Non pas pour détruire toute autorité, toute règle, toute hiérarchie, comme le prétend, sans rire, Nicolas Sarkozy, mais pour promouvoir un pouvoir fondé sur le consentement, la concertation, la compétence reconnue.
Ce fut aussi un grand mouvement égalitaire, contestant toutes les formes injustes de discrimination : entre les classes, les races, les genres, les préférences sexuelles…. Non pour nier toute inégalité entre individus mais pour ne reconnaître comme légitimes que les inégalités liées au talent, au travail, au mérite.
Ce fut un mouvement hédoniste, mobilisé pour la libéralisation des mœurs, contre le puritanisme répressif d’une société encore profondément marquée par la morale traditionnelle. Non pour abolir toutes règles, toute norme, tout interdit comme l’affirme encore Sarkozy : l’agression et le viol n’étaient pas tolérés en 1968 ! Mais pour substituer à l’ordre moral en vigueur la liberté des rapports entre adultes consentants.
Mai 68 fut un mouvement idéaliste et romantique. Il récusait l’idéal de la société de consommation en plein essor -produire toujours plus et toujours plus vite des marchandises de moins en moins utiles. Il rejetait l’existence terne dont cet idéal était porteur : “métro-boulot-télé-dodo”. Au sommet de sa hiérarchie des valeurs, il plaçait l’accomplissement de soi, dans le faire et non pas dans l’avoir.
Mai 68 fut aussi individualiste, dans le sens où il voulait émanciper l’individu de la tradition et des grandes machines de pouvoir existantes. Mais son individualisme n’était pas égoïste, il était indissociable d’une nouvelle organisation de la société. Les enfants de Mai 68 voulaient substituer un ordre meilleur à l’ordre injuste des choses, ils ne se repliaient pas sous leurs tentes.
Comme tout authentique mouvement de masse, le mouvement de Mai 68 fut hétérogène, bigarré et, dans certaines de ses composantes, passablement délirant. Il s’est exprimé dans un langage marxiste, courant à l’époque, qui lui donne aujourd’hui une touche d’étrangeté. On peut chercher à le stigmatiser en le réduisant à ses composantes les plus farfelues. Mais son courant principal ne fait pas de doute : Mai 68 est un grand courant de démocratisation, de libéralisation et de modernisation de la société. C’est pourquoi, malgré les campagnes de discrédit récurrentes de la droite, son rayonnement reste si fort.
Après sa défaite politique en juin 1968, ce mouvement va produire encore longtemps ses effets, dans le champ social, culturel et sociétal. Ses militants vont donner naissance à tout un ensemble d’associations activistes -Mouvement de libération des femmes (MLF), Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR), Comité d’Action pour les Prisonniers (CAP), mouvement écologistes, régionalistes, comités de locataires, de soldats, de consommateurs, d’usagers des transports en commun, etc.- qui transformèrent en profondeur la société française.
Le bilan de Mai 68, c’est d’abord une série de conquêtes politiques et juridiques émancipatrices : liberté de la contraception et de l’avortement, autorité parentale conjointe sur les enfants, possibilité pour les femmes d’ouvrir un compte en banque sans autorisation préalable du mari, droit à l’égalité professionnelle entre homme et femme, reconnaissance des droits des homosexuels, prise en compte des cultures régionales. C’est ensuite tout un ensemble de conquêtes sociales, obtenues par la plus grande grève générale de l’Histoire de France : mensualisation des salaires, reconnaissance de la section syndicale d’entreprise, augmentation de 35% des plus bas salaires, création du SMIC, formation permanente, indemnisation totale du chômage…
Au débit de Mai 68, on peut mettre sa valorisation du recours à la violence comme méthode d’action, la réactivation d’une idéologie de “lutte des classes” qui avait amorcé une régression à la faveur des Trente Glorieuses. Ce regain de notre culture d’affrontement a considérablement renforcé les rigidités de la société française à un moment où le ralentissement de la croissance, la révolution technologique, la mondialisation de l’économie, le renouvellement et la différenciation de la demande, imposaient un énorme effort de redéploiement et de modernisation. Modernisation du système productif, accompli pour l’essentiel, au cours des années 80. Modernisation de l’Etat -protecteur, régulateur, redistribuer- qui reste largement à accomplir.
Tourner la page de Mai 68, sans doute. Mais ni plus ni moins que celle de 1936 ou de 1945 : en en conservant l’inspiration et la ferveur.
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